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First Giants – C’est pas Fossile !

Pendant tout le développement du jeu First Giants, nous avons fait appel à des vulgarisateurs scientifiques en paléontologie, Amy Beauvois et Jonathan Lafont afin de créer un jeu ludique mais aussi au plus proche de la réalité de ce que nous savons aujourd’hui sur les animaux préhistoriques. Nous avons ensuite collaboré avec eux pour répondre à vos nombreuses questions sur le sujet, en voici le résultat sur ce blog. Retrouvez également toutes ses réponses en vidéo dans notre émission “C’est pas Fossile” animée par Dr.Caro sur notre chaîne Youtube !

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Comment connaît-on les couleurs des dinosaures ?

Amy :

“Dans l’écrasante majorité, on ne connaît pas la couleur des dinosaures. Les paléontologues ont retrouvé des fossiles de peau, cependant le plus souvent il s’agit d’empreintes de peau, et non de la peau elle-même.

Dans des cas rarissimes, il est possible que la mélanine a pu fossiliser. Il s’agit d’un pigment dont la concentration va influencer si la peau sera plus ou moins claire ou sombre. Dans ces cas-là, on peut comparer ces composants fossilisés et leur quantité avec ce que l’on observe chez les animaux actuels pour avoir une idée de la couleur qu’avait la peau étudiée.

C’est ce qu’on appelle de l’actualisme, et c’est une des bases de la paléontologie pour comprendre le passé sur ce que l’on observe aujourd’hui. En réalité, on n’a pas de couleurs parfaitement arrêtées. Le plus souvent les scientifiques auront une idée relative : est-ce que la peau était plus ou moins sombre sur des bases grises, marrons ou ocre. Les couleurs exactes des dinosaures gardent donc une petite part de spéculation même dans ces cas-là.

Il faut préciser que la majorité des dinosaures dont on a une idée de la coloration avaient des plumes. Voici quelques exemples célèbres :

  • Microraptor : Coloration des plumes similaire à un merle avec plumes iridescentes
  • Sinosauropteryx : coloration des plumes avec un pattern blanc/ocre le long de la queue et masque ocre autour des yeux
  • Psittacosaurus : coloration des écailles avec un pattern de camouflage classique des herbivores, le dos sombre et le ventre clair.”
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Pourquoi la distinction entre dinosaures aviens et non-aviens ?

Rappel essentiel : les oiseaux ne sont pas les descendants des dinosaures, ce SONT des dinosaures. Certains groupes d’oiseaux modernes existaient déjà à l’époque où le T.rex vivait encore.

Amy :

“Le groupe des dinosaures aviens, “les oiseaux”, a des origines qui remontent au milieu du Jurassique. D’un point de vue purement langage : parler de “dinosaures vs oiseaux” reviendrait à exclure les oiseaux du concept de dinosaure alors qu’ils en font intégralement partie. Les oiseaux sont des dinosaures, de la même manière que les humains sont des animaux. 

On préfère donc utiliser le titre d’oiseau comme un qualificatif pour préciser la situation des animaux considérés, d’après notre standard de l’oiseau moderne. Cela permet de ne pas les exclure des dinosaures. Ce genre de formulation existe ailleurs, comme lorsque l’on parle de “primates non-humains”, et permet de ne pas créer de limite arbitraire liée à notre point de vue humain dans l’évolution de ces animaux, tout en soulignant la différence avec les oiseaux qu’on connaît aujourd’hui.

Et d’un point de vue plus pratique, les oiseaux modernes ont énormément de différences avec le reste des dinosaures et sont seulement une toute petite partie de la diversité totale des dinosaures. Par exemple, le vol a entraîné énormément de changements anatomiques. 

Il faut aussi noter que les oiseaux modernes sont les seuls dinosaures mais aussi les seuls oiseaux tout court à avoir survécu à la fin du Crétacé il y a 66 millions d’années. Ils représentent une toute petite fraction de la diversité du groupe. Avant l’extinction du reste des dinosaures, les oiseaux étaient un groupe de dinosaures parmi d’autres. Leurs plus proches cousins, les “raptors” (famille où on retrouve le célèbre Vélociraptor) rendaient une limite nette “oiseaux vs autres dinosaures” moins pertinente qu’elle ne l’est dans le monde d’aujourd’hui.”

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Les dinosaures avaient-ils des plumes ?

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Jonathan

“Nous pouvons affirmer que OUI les dinosaures avaient des plumes, et même que les dinosaures ONT des plumes, car toutes les espèces d’oiseaux actuels sont des dinosaures.

Le lien entre « oiseaux » et « dinosaures » n’est pas une découverte récente. Au moment de la publication de L’origine des espèces de Charles Darwin en 1859, des scientifiques avaient découvert le fossile d’un dinosaure datant du Jurassique, il y a 150 millions d’années. Il fut baptisé Archéoptéryx, ce qui signifie « aile ancienne ». Il s’agit du premier fossile découvert qui présentait des traces de plumes très bien conservées. 

Attention Archéoptéryx n’est pas un oiseau à proprement parler. C’est un dinosaure avec des caractères typiques, une longue queue, des griffes et des dents. Cependant il présente aussi des caractères que l’on retrouve chez les oiseaux, par exemple une organisation du bassin identique ou les pattes à l’avant qui commencent à se transformer en ailes. 

A partir des années 1990, les paléontologues ont découvert de nouveaux fossiles de dinosaures présentant des traces de plumes conservées. 

Nous pouvons citer un dépôt situé dans la province de Lianoning en Chine, qui a fourni de nombreux fossiles de dinosaures avec des plumes, par exemple l’espèce appelée Sinosauropteryx.

En 2007, une équipe de paléontologues a décrit des traces sur un os de l’avant-bras d’un Vélociraptor. Elles sont très proches de celles laissées par les plumes des oiseaux actuels, laissant supposer que les Vélociraptor possédaient des plumes. 

Plus récemment, un morceau de queue de dinosaure avec des plumes a été découvert conservé dans de l’ambre.

Pour conclure, les dinosaures actuels (les oiseaux) ont tous des plumes, les paléontologues ont découvert des preuves montrant que certains dinosaures du Jurassique et du Crétacé avaient aussi des plumes, cependant cela ne signifie pas forcément que tous les dinosaures connus avaient des plumes.”

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Les mammifères pondaient-ils des œufs ?

Jonathan :

“En réalité, il y a des mammifères qui PONDENT des œufs ! Actuellement nous connaissons un groupe de mammifères dont les petits naissent dans des œufs. Ce sont les monotrèmes qui rassemblent les échinidés et les ornithorynques.

Cela signifie que la particularité des mammifères n’est pas « d’accoucher », même si une très grande majorité d’entre eux le font. La particularité des mammifères est qui vont produire du lait pour nourrir leur petits (le terme « mammifère » est dérivé de « mamelle »).

Il est possible que les premiers représentants des mammifères qui sont apparus pratiquement en même temps que les premiers dinosaures, il y a 239 millions d’années, pondaient des œufs. Cependant aucune trace d’œufs de mammifères a été retrouvée dans le registre fossile.

En avril 2026, une étude a rapporté le premier fossile d’un embryon d’un groupe précurseur des mammifères. Ce fossile, âgé de 250 millions d’années, présente un petit individu complètement recroquevillé, comme s’il était dans un œuf, mais sans aucune trace de la coquille. Une étude approfondie a permis de déterminer que l’individu n’était pas complètement fonctionnel, il ne pouvait pas se nourrir seul, laissant supposer que l’animal n’avait pas encore éclos.”

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Où se situe la limite entre interprétation scientifique et spéculation dans les reconstructions de dinosaures ?

Il y aura toujours une part de spéculation dans le paléoart, c’est normal et inévitable.

Amy et Jonathan

Toutes les réalisations artistiques qui proposent une reconstitution d’environnement du passé en prenant en compte les connaissances établies et les découvertes scientifiques au moment de la création de l’œuvre, peuvent être classées sous le terme : Paléoart.

Comme mentionné sur la page wikipédia dédiée, « toutes les œuvres de paléoart sont par définition inexactes ». En effet, certains détails anatomiques ne peuvent pas être connus parce qu’ils ne sont pas parvenus jusqu’à nous via la fossilisation. L’exemple typique pour les dinosaures étant la couleur de leur peau et de leurs plumes ou encore les sons qu’ils émettaient.

La limite entre interprétation et spéculation est compliquée parce qu’elle bouge en permanence et n’est pas la même selon la quantité d’informations disponible pour l’organisme considéré. Donc elle n’existe pas vraiment mais elle est plutôt une zone grise où il faut justifier des choix faits. L’interprétation ne peut se baser que sur ce que l’on peut tirer des fossiles disponibles pour l’organisme considéré et atteindra donc rapidement ses limites, rendant la spéculation partie intégrante du paleoart.

De plus, même quand les preuves fossiles existent, il peut y avoir des débats sur leurs interprétations scientifiques. Un exemple historique célèbre concerne le dinosaure appelé Iguanodon, au XIXème siècle quand les premiers fossiles de cet animal ont été découvert les paléontologues ont cru qu’il possédait une corne au-dessus de son nez avant qu’il soit établi qu’il s’agissait en réalité d’une griffe située au niveau du pouce.  

En ce qui concerne la spéculation, il serait hypocrite de dire que la spéculation est mauvaise parce qu’elle est présente depuis les débuts même de la paléontologie pour combler les trous dans ce que l’on trouve. Cependant pour être efficace cette spéculation gagne en s’appuyant sur les connaissances scientifiques : la densité de la couverture de plumes sur un dinosaure par exemple doit être à nuancer selon son habitat, son mode de vie, sa taille, sa place dans la classification du groupe, etc. Si cette spéculation est bien réfléchie, elle peut basculer à la limite de l’interprétation et des fois prévoir à l’avance des découvertes scientifiques. Un bon exemple de ça est Velociraptor: les paléontologues ont trouvé la preuve que l’animal avait des plumes sur les bras, mais la couverture globale de plumes qu’on lui donne est justifiée par ce que l’on sait des autres espèces de raptors. Plus l’on comprend comment les organismes fonctionnent, plus la spéculation devient intéressante et crédible, en faisant émerger de nouvelles possibilités.

Les données fossiles sont limitées. Les artistes sont libres de faire des spéculations non crédibles, le plus important étant qu’ils soient honnêtes dans la démarche, qu’ils assument les choix en précisant où est la part d’interprétations scientifiques et où est la part de spéculations.

Amy Beauvois et Jonathan Lafont

vulgarisateurs scientifique en paléontologie
Amy Beauvois
John Paleo J 2026
Jonathan Lafont

SOURCES :

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